Chambre des députés
séance du 7 décembre 1899
vote du budget des cultes
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M. le président : ...J'ai reçu de MM. Charles Bernard, Cluseret, Stanislas-Ferrand, Castelin, Morinaud, Firmin Faure, Drumont, Marchal, Pierre Richard, Goussot, Girou, Ernest Roche, Paulin-Méry, Paul Bernard et Vacher une motion ainsi conçue :
    "La Chambre invite le Gouvernement à lui présenter un projet de loi, à bref délai, de séparation des Églises et de l'État"

M. Charles Bernard : ...  Après avoir entendu les discours prononcé ici par M. l'abbé Lemire et par M. l'abbé Gayraud, nous restons partisans de la séparation des Églises et de l'État ; mais nous voulons pour ce pays la liberté absolue d'association ainsi que le demandait M. Goblet, qui n'était pas suspect de cléricalisme. Nous voulons la liberté pour tous ; le Gouvernement qui est sur ces bancs se réclame de cette formule et peut nous apporter un projet sur la liberté d'association. Nous serons partisans de la séparation des Églises et de l'État lorsque la liberté sera égale pour tous les citoyens français et non le privilège de quelque- uns comme vous le voulez. (Applaudissements sur quelques bancs à l'extrême gauche.)
    Voilà pourquoi nous avons l'honneur avec quelques camarades de cette Chambre d'inviter le Gouvernement de défense républicaine à reprendre l'ancien programme républicain et à le faire aboutir ...
    Voix à droite : L'avis du Gouvernement !
    ... ou sinon, nous serions obligé de retourner devant le pays et lui dire que vous avez menti à vos promesses et qu'au lieu d'être un ministère de défense républicaine, vous n'êtes qu'un ministère de Tartufes. (Vives protestations sur de nombreux bancs. - Applaudissements sur plusieurs bancs à l'extrême gauche. - Bruits)
    A gauche : A l'ordre !

M. le président :Je rappelle M. Charles Bernard à l'ordre avec inscription au procès-verbal. (Interruptions à l'extrême gauche et à gauche.)
    La parole est à M. le président du conseil.

M. Waldeck-Rousseau, président du conseil,  ministre de l'intérieur et des cultes :  Messieurs, en répondant à M. Charles Bernard, je défère au désir qui a été exprimé par un de nos collègues qui demandait l'avis du Gouvernement sur la motion dont la Chambre a été saisie.
    Cet avis est aisé à formuler, et M. Charles Bernard, il me semble, l'a laissé prévoir. Il a invoqué ici l'autorité d'un homme politique, l'honorable M. Goblet. C'est avec les paroles de M. Goblet  et avec sa politique que je vais lui répondre.
    M. Goblet était partisan de la séparation de l'Église et de l'État. Il a dit à plusieurs reprises, notamment en 1887, qu'aussi bien dans l'intérêt des droits de l'État que dans l'intérêt des droits de la conscience, la séparation ne pourrait être accomplie qu'après que le Parlement  aurait voté une loi sur les associations. J'ai d'autant mieux le droit de rappeler cette formule que le projet dont nous avons saisi la chambre (3 semaines plus tôt) - j'éprouve quelque regret à le dire - je l'avais déjà déposé après le ministère Gambetta en 1882. je l'ai déposé de nouveau au moment du ministère Ferry. (On rit.)
    Je considère en effet que le vote de cette loi sur les associations est une préface nécessaire ; j'en indique un motif de plus : c'est que depuis ce dépôt, certains faits  se sont produits, certains événements se sont accomplis, et ma conviction entière est à l'heure actuelle que la séparation de l'Église et de l'État, sans nulle préparation, ne se ferait ni au profit de l'État, ni au profit de l'Église, mais au profit des congrégations. (Applaudissements à gauche.)
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(La motion ne recueille que 128 voix contre 328)

M. Firmin Faure : 128 anticléricaux seulement ! Encore une faillite des radicaux ! (Bruits.)
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